J’aimerais aborder ici la notion d’inceste transgénérationnel, c’est à dire celui qui se répète de génération en génération. C’est malheureusement très souvent que l’inceste se répercute au fil des années sur les membres d’une même famille, comme une traînée de poudre. Jusqu’à ce que la vérité éclate…
La question qui fâche
Je me souviens de ce jour précis où, après un déjeuner en famille, une question ne cessait de me hanter : est-ce que ma grand mère maternelle savait que sa fille (ma mère donc) avait subi des agressions sexuelles de la part de son frère (mon oncle donc) ? J’avais besoin de savoir si toute ma vie n’était qu’un mensonge. Sa réponse a été catégorique : « non, elle ne savait pas ».
Au début des années soixante, la société n’était pas du tout la même. Il n’était absolument pas question de libérer la parole. Il fallait surtout se taire et encaisser. Donc ma mère n’a jamais eu l’occasion d’aborder ces faits très graves avec son père ou sa mère. Elle est restée avec ce lourd secret durant des années, jusqu’à ce je décide de libérer ma parole, et par la même occasion de libérer la sienne.

Trois générations touchées
Ce jour-là, j’ai eu la confirmation que trois générations au moins avaient subi des actes d’inceste. En effet mon grand père maternel avait lui-même subi des agressions de la part de sa mère, puis ma mère de la part de son frère, puis moi de la part de mon cousin (le fils de l’agresseur de ma mère). J’étais donc face à trois générations touchées par l’inceste, du côté maternel de ma famille. Des secrets bien gardés qui ont fini par ressurgir grâce à mes questionnements.
A partir de là, je me suis vraiment demandé s’il y avait une possibilité que ces incestes soient comme une boule de neige qui grossit et transmet la violence sexuelle de génération en génération. Tout en précisant que plus on remonte dans le temps, moins la parole était libérée. Toutes ces personnes sont restées pendant des décennies avec un secret bien gardé, quelque chose de tabou, quelque chose qui ne se dit tout simplement pas.

Rompre le silence
De mon côté, j’ai du faire face au déni de ma mère, qui avait décidé d’occulter tout cela jusqu’à la fin de ses jours. C’est moi qui suis devenue la réceptrice de la parole de ma propre mère, tout en lui expliquant que je n’avais plus l’intention de me taire. C’est à cette période que l’idée de porter plainte contre mon cousin a commencé à germer.
Je ne voulais pas d’une nouvelle génération d’incesteurs ou d’incestés. Il m’apparaissait clairement que je devais rompre la chaîne infernale de l’inceste transgénérationnel et du silence. J’ai vraiment eu l’impression que je ne pouvais plus porter ce fardeau trop lourd et que je devais tracer ma propre route, celle que ma mère n’avait pas choisi.
Je vous invite à regarder la vidéo que j’ai relayé dans un autre article et qui explique très bien ce phénomène.
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