Bien des personnes se demandent comment on en vient à parler de l’inceste, 10, 20 ou 30 ans après les faits. La réponse réside dans de nombreux mécanismes qui se mettent en place dès la commission de l’acte de violence sexuelle : amnésie traumatique et déni, par exemple.
La libération de la parole est donc un véritable chemin de croix à travers les non-dits, les mensonges, les secrets de famille, les tentatives de minimisation… C’est un long périple qu’il faut entreprendre pour que la vérité éclate.

Pour ma part, la révélation, qui était déjà « entamée », s’est concrétisée presque 30 ans après les faits. J’ai réussi à mettre des mots sur mon traumatisme et à défier la peur des conséquences de mes actes.
En retour j’ai eu le droit à de multiples manières de réagir face à une telle annonce. Tous les membres de ma famille m’ont crue, mes amis aussi. Certains ont beaucoup d’empathie, d’autres ne réagissent pas, d’autres sont sidérés et mettent du temps avant de réaliser pleinement ce qui a été prononcé.
La libération de la parole est, notamment lorsqu’il s’agit d’inceste, est souvent accompagnée de doutes, de culpabilité, de honte. Mais c’est cette honte qui doit changer de camp. Nous sommes les victimes, et non l’inverse.
Se libérer d’un lourd secret familial est un acte éprouvant pour les victimes. Elles doivent exposer des faits terribles aux gens qu’elles aiment le plus au monde, souvent des parents, des frères, des soeurs, des amis. Elles doivent se mettre à nue afin de délivrer leur message et tenter d’avancer malgré tout.
Mais la libération de la parole de l’inceste c’est aussi briser les chaînes du silence, être honnête envers sa famille, ne plus porter seule ce fardeau. C’est également vouloir protéger de potentielles futures victimes. La révélation de la vérité est un acte de générosité car il casse la loi des séries et empêchent à des incesteurs d’agir ou de récidiver, Il est souvent mentionné dans les enquêtes sur les violences sexuelles, qu’un violeur frappe souvent plusieurs fois au cours de sa vie.
La révélation de l’inceste est aussi, pour certaines victimes, un moyen d’envisager de porter plainte. De mon côté, j’ai porté plainte quelques moi après avoir tout révélé à famille alors que je n’avais strictement jamais considéré cette action.
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